Le cinéma mexicain a construit une mémoire visuelle du pays tout en gagnant une reconnaissance bien au-delà de l’Amérique latine. Son âge d’or a imposé des stars, des genres et une esthétique populaire, tandis que le cinéma contemporain mexicain reste aujourd’hui l’un des plus suivis sur la scène internationale.
Impossible de parler de culture mexicaine sans évoquer le cinéma. Depuis plus d’un siècle, il accompagne l’histoire du pays, influence son imaginaire et fait rayonner le Mexique bien au-delà de ses frontières.
Les débuts du cinéma au Mexique
Le Mexique fait partie des premiers pays à adopter le cinématographe, peu après son invention en 1895. Quelques mois seulement après la première projection publique des frères Lumière à Paris, leurs opérateurs arrivent au Mexique. En 1896, le gouvernement de Porfirio Díaz organise une projection pour le président, qui comprend rapidement l’intérêt de cette nouvelle technique pour documenter son image, les cérémonies officielles et les transformations du pays.
Le cinéma entre alors très vite dans la vie publique mexicaine. Les premières vues filmées montrent des scènes urbaines, des événements politiques, des déplacements officiels, puis les bouleversements liés à la Révolution mexicaine. En 1898 Salvador Toscano a réalisé le premier film de fiction mexicain, marquant ainsi le début d’une industrie qui allait rapidement devenir un élément incontournable de la culture du pays.
L’âge d’or du cinéma mexicain
C’est surtout entre les années 1936 et 1956 que le Mexique connaît son célèbre “âge d’or”. À cette période, les films mexicains s’exportent dans toute l’Amérique latine et obtiennent une reconnaissance internationale. Les salles sont pleines, les acteurs deviennent de véritables stars populaires et certaines chansons de films sont reprises dans tout le pays. Impossible de parler de cette période sans évoquer Pedro Infante, véritable légende nationale, ou encore María Félix, Cantinflas, Jorge Negrete et Dolores del Río.
Le passage au cinéma parlant
Un moment décisif arrive en 1932 avec la sortie de Santa, l’un des premiers grands films parlants mexicains. Le film utilise le Rodriguez Sound Recording System, développé par les frères Joselito et Roberto Rodríguez, qui permet une meilleure synchronisation entre l’image et le son. À partir de là, le cinéma mexicain peut développer ses propres voix, ses accents, ses dialogues et ses chansons.
En 1933, le Mexique produit 21 films et domine déjà le marché cinématographique de langue espagnole. Le pays ne se contente plus de recevoir les productions venues d’Hollywood : il construit une industrie nationale capable de parler à un public hispanophone beaucoup plus vaste.
Stars, genres et grands noms du cinéma classique
- Cantinflas devient quant à lui une figure majeure à partir de 1940 avec Ahí está el detalle. Son personnage de marginal bavard, drôle et imprévisible touche un large public et contribue à faire circuler les films mexicains au-delà du pays. Son humour repose autant sur le langage que sur une forme de critique sociale, ce qui explique sa popularité durable.
- Ismael Rodríguez est un réalisateur particulièrement emblématique. Surnommé le “cinéaste du peuple mexicain”, il réalise de nombreux films devenus cultes et collabore avec les plus grands acteurs du moment.
- En 1936, Allá en el Rancho Grande, réalisé par Fernando de Fuentes, impose la comedia ranchera comme l’un des grands genres du cinéma mexicain. Ces films mêlent musique, romance, vie rurale, humour et conflits sociaux dans des ranchs ou des villages. Ils participent à la construction d’un imaginaire national facilement identifiable, exportable et profondément populaire.
Le cinéma mexicain aujourd’hui
Depuis les années 2000, le cinéma mexicain connaît une nouvelle reconnaissance internationale grâce à trois réalisateurs devenus incontournables dans le monde entier :
- Guillermo del Toro avec Le labyrinthe de Pan, La forme de l’eau ou Pinocchio
- Alfonso Cuarón avec Les fils de l’homme, Gravity ou Roma
- Alejandro González Iñárritu avec Birdman, The Revenant ou Amour chiennes
Surnommés “les trois amigos”, ils ont remporté de nombreux Oscars et ont complètement changé l’image du cinéma mexicain à l’international. Leur styles varient du fantastique et poétique à l’intimiste et esthétique ou encore de l’intense à l’émotionnel. Mais tous partagent cette capacité à raconter des histoires profondément humaines.
Le cinéma mexicain contemporain voit aussi émerger plusieurs réalisatrices reconnues à l’international, comme Tatiana Huezo, Lila Avilés ou Issa López, qui apportent un regard plus intime et engagé sur la société mexicaine.
Festivals, prix et place du cinéma dans la vie mexicaine
Le cinéma occupe encore aujourd’hui une place importante dans la vie culturelle mexicaine. Le pays accueille plusieurs festivals reconnus, comme le Festival Internacional de Cine de Morelia, devenu l’un des grands rendez-vous du cinéma latino-américain et un véritable tremplin pour les jeunes réalisateurs mexicains. Le Festival Internacional de Cine en Guadalajara joue aussi un rôle essentiel, notamment pour le cinéma indépendant et hispanophone.
Le Mexique possède également sa propre cérémonie de récompenses, le Premio Ariel, décerné chaque année depuis 1946 par l’Académie mexicaine des arts et des sciences du cinéma pour récompenser les professionnels du secteur.
Depuis 2017, le 15 août est consacré à la Journée du cinéma mexicain. Cette date célèbre l’importance du 7e art dans la représentation de l’identité du pays et met en avant la diversité du cinéma national à travers des projections, cycles et événements culturels.
Aller au cinéma reste une activité très populaire au Mexique, souvent partagée entre amis, en couple ou en famille. Dans les grandes villes, il existe des salles indépendantes proposant du cinéma d’auteur, mais la plupart des lieux de diffusion sont tenus par de grandes chaînes comme Cinemex et Cinépolis.
Quelques films pour entrer dans le cinéma mexicain?
Voici quelques incontournables recommandés par l’équipe de Terra Maya :
- Vámonos con Pancho Villa — Fernando de Fuentes, 1936
- Los olvidados — Luis Buñuel, 1950
- Macario — Roberto Gavaldón, 1960
- Como agua para chocolate — Alfonso Arau, 1992
- Amores perros / Amours chiennes — Alejandro González Iñárritu, 2000
- Y tu mamá también — Alfonso Cuarón, 2001
- Babel — Alejandro González Iñárritu, 2006
- Roma — Alfonso Cuarón, 2018
- Noche de fuego — Tatiana Huezo, 2021
- Coco — Lee Unkrich et Adrian Molina, 2017, pour son rôle dans la diffusion internationale de l’imaginaire lié au Día de los Muertos
Pour prolonger la découverte du Mexique culturel
À lire aussi sur Terra Maya :







